Députés et Sénateurs ont voté pour l’Hadopi. Et après ?

C’est mardi 12 mai que les députés ont voté la loi Internet et Création par 296 voix contre 233. Soit 529 votants ! Un brun plus sérieux que les 36 députés qui s’étaient « pointés » lors du 1er vote de la loi…

Bref, 53% de « oui » représentés par la quasi-totalité des députés UMP (6 d’entre eux ont voté contre, 17 se sont abstenus). Chez les socialistes, 6 députés se sont abstenus et… un seul a voté contre : jack Lang. Quant au sénat, il a hier voté en faveur de la loi Hadopi : 189 voix pour et 14 voix contre. Enfin, l’amendement voté par les eurodéputés début mai contre la coupure de l’accès internet par une autorité administrative (et non judiciaire) ne change rien.

HADOPI C’EST QUOI ?

La Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet (HADOPI) est chargée de protéger les droits d’auteurs, s’assurer du développement des offres légales de musique et vidéo et réguler les « mesures techniques de protection et d’identification des oeuvres », les fameux DRM.

COMMENT VA-T-ELLE NOUS SURVEILLER ?

L’Hadopi ne surveille personne. Ces sont les producteurs (Universal Music, Sony BMG, Gaumont,…), les sociétés de perception et de répartition des droits (SACEM,…), le Centre national de la Cinématographie (CNC) et le procureur de la République qui le feront et auront désigné pour cela des agents assermentés. Un point fortement critiqué par les opposants à la loi car la surveillance d’internet est ainsi principalement confiée aux Majors (maisons de disque et Sociétés de production) qui risquent fort de manquer de d’objectivité… J’aime bien la comparaison de Mac4Ever.com qui déclare que « c’est comme si on confiait les contrôles d’alcoolémie aux ligues anti-alcooliques… » Les agents assermentés donc, vont surveiller les réseaux d’échange de musique et remonter jusqu’aux PC en infraction pour en transmettre l’adresse IP.

SI JE TELECHARGE ILLEGALEMENT, QU’EST-CE QUE JE RISQUE ?

D’abord un mail d’avertissement.  Si vous recommencez dans les 6 mois qui suivent, vous recevrez un courrier recommandé de votre Fournisseur d’Accès à Internet (FAI). Détail qui a son importance : que vous soyez « coupable » d’avoir téléchargé illégalement  ou qu’il s’agisse d’une « monstrueuse erreur », vous ne pourrez pas vous défendre !! Seule la 3ème et dernière étape de la riposte graduée vous en donnera l’occasion… Vous avez dit « scandaleux » ?

Si vous « recommencez » dans l’année, l’accès internet du foyer sera coupé (3ème étape) pour une durée de 3 mois à 1 an selon la gravité des faits reprochés. Retenons toutefois qu’à cette étape, une « négociation » peut aboutir à une simple obligation de ne JAMAIS RECOMMENCER ou d’acheter un logiciel de sécurité de protéger votre accès internet contre les pirates qui auraient utilisé votre Wifi pour télécharger illégalement… Bref, tout ce qu’il y a de plus simple pour une majorité d’internautes déjà dépassée par les nombreux aspects techniques de son accès à internet… C’est en tout cas à cette étape de la riposte que tout internaute qui serait injustement accusé pourra contester la sanction et faire connaissance avec les joies de notre système judiciaire réputé pour sa fluidité…

Retenons tout de même qu’en cas de coupure punitive, l’abonné devra continuer à payer son accès à internet. une double peine en somme (coupure + paiement) qui évite un manque à gagner aux FAI (Orange, Free, Neuf Telecom,…) qui devront déjà mettre la main à la poche pour financer « la mise en place « (…) de bases de données des connexions des usagers, de procédures et de services dédiés à leur exploitation (…) » :70 millions € au bas mot que les FAI ne veulent pas assumer seules. En ce qui concerne le téléphone et la TV qui font désormais partie de l’abonnement internet, le Ministère de la Culture se veut rassurant : on peut techniquement couper l’accès au Net tout en maintenant la ligne téléphonique et la TV. Les experts sont moins afirmatifs. La manoeuvre risque de poser de nombreux problèmes selon le niveau de dégroupage (total ou pas) de l’abonné. Sans rentrer dans les détails, les cafouillages risquent de se multiplier… Reste enfin à espérer que ce filtrage ne ralentira pas l’accès de tous les usagers !

L’HADOPI VA-T-ELLE SAUVER L’INDUSTRIE DU DISQUE ?

Rien n’est moins sûr. La riposte graduée vise les internautes qui ont pris l’habitude de télécharger gratuitement et illégalement leur musique. Or, si on n’a jamais prouvé l’existence  d’un lien direct entre le téléchargement illégal et la baisse des ventes de CD, certaines études ont même révélé que les plus gros « pirates » sont aussi les plus gros consommateurs de musique légale !! Ils achètent de la musique et fréquentent les concerts. La loi va donc pénaliser… les bons clients !! La baisse systématique des ventes de musique physique est un fait mais le téléchargement illégal n’en est pas forcément  la cause. Le budget des familles n’est pas extensible et pourtant, de nouveaux biens plutôt onéreux ont explosé ces 10 dernières années : le jeux vidéo (entre 40 et 60€ le jeux), la téléphonie mobile, la vidéo, l’accès à internet,… Des frais quasi-inexistants il y a 10 ou 15 ans qui poussent naturellement les consommateurs a fortiori les plus jeunes d’entre eux, à faire des choix. L’Hadopi ne modifiera pas ces choix dont la musique a été écartée. L’hadopi ne donnera pas non plus aux Majors l’opportunité de considérer à sa juste valeur la vague de la musique numérique. Pendant plusieurs années, les majors ont refusé de croire au MP3 et leur modèle économique est aujourd’hui dépassé par les nouveaux usages. Arrogance ou manque de discernement ? un peu des 2 certainement. Tout comme chez Kodak ou Photo Service dans le domaine de la photo numérique…

Il est probable que la peur du gendarme ralentisse les téléchargements illégaux à court terme. Mais ce que la technique crée, la technique le détruit. Aujourd’hui, des solutions un peu exotiques qui permettent de télécharger incognito par le camouflage de son adresse IP (adresse du PC que les agents repèreront sur les réseaux de téléchargement pirate) risquent de se multiplier et de se simplifier. The Pirate Bay, l’un des hauts lieux d’échanges de fichiers pirates, propose déjà, moyennant finance, de naviguer de façon invisible dans ses bases de données !! je suis sûr d’autre part que de « nouvelles » solutions verront le jour dans un avenir très court : contournement des filtres, cryptage des communications, multiplication des réseaux privés, streaming à partir de serveurs étrangers, échanges physiques (CD, clés USB,…), etc.

Le contournement de systèmes préventifs considérés comme abusifs ou injustes est devenu un jeu sur le Net. Les mesures de protections appliquées aux DVD, jeux vidéo et autres MP3 ont régulièrement été crackées par des passionnés qui mettent gratuitement leurs exploits à la disposition du monde entier… Un jeu du chat et de la souris qui n’a rien de nouveau, quoique. Dans les domaines du trafic de drogue, du blanchiment d’argent ou encore de la cyber-criminalité, les « méchants » inventent sans cesse les moyens de contourner les parades imaginées par les autorités; Ces dernières quant à elles, réagissent toujours (même avec un temps de retard) aux nouveaux usages de ceux qu’elles poursuivent. D’où l’image du chat et de la souris. La nouveauté ? Quid de ce « schéma » quand les souris se comptent par centaines de millions ?

QUELLES SONT LES SOLUTIONS LEGALES ?

La première, celle que plébiscitent les Majors, c’est l’achat de CD !! Les maisons de disques veulent vendre des CD et rien d’autre pour des raisons purement commerciales. A 18€ la nouveauté et à 4€ le single, la galette de polycarbonate rapporte pas mal…

Dans sa version dématérialisée, la musique est accessible de plusieurs manières :

Le streaming : vous écoutez de la musique (celle que vous voulez) en vous connectant à des sites comme Deezer, lastFM, WorMe ou Spotify (la section gratuite ne fonctionne encore que sur invitation). Les fichiers musicaux sont stockés sur les serveurs de ces services et vous vous contentez d’écouter. Vous ne téléchargez pas la musique. Impossible donc de l’emporter avec vous. La version mobile (pour smartphone) de Deezer est assez décevante. Autre défaut : la qualité n’est pas très élevée même si elle suffit pour une écoute sur PC. Je considère cette solution comme de l’entrée de gamme dans le domaine de la musique numérisée. Sa grande qualité : l’offre de base est gratuite, en général financée par la publicité. Si votre enfant veut écouter de la musique dans sa chambre, c’est parfait et totalement légal !! Comme je le disais, c’est gratuit pour de l’écoute simple. Les représentants de l’industrie du disque aiment bien évoquer le streaming qu’ils considèrent comme l’alternative logique au piratage.  Mais le streaming n’est qu’une alternative partielle au téléchargement. Impossible en effet de déplacer un fichier écouté en streaming. Impossible de profiter de sa musique en déplacement. On peut imaginer une telle écoute en depuis un téléphone connecté au Net (deezer existe sur l’iPhone) mais il faudrait pour cela ne jamais perdre le réseau, ce qui est aujourd’hui inimaginable : que ce soit dans le métro ou derrière un bâtiment trop épais la connexion à internet via les ondes est encore loin d’être fiable. Enfin, même si la solution était techniquement viable, rien ne dit que le streaming restera gratuit. Le modèle économique du streaming est plus que fragile : il est incertain. Si les sites de ce type connaissent un grand succès, leurs chiffres d’affaires sont encore loin de couvrir leurs frais (bande passante, reversion aux ayants-droits,…). Il est très probable que le streaming devienne systématiquement payant dans les mois qui arrivent. Combien l’internaute sera-t-il prêt à payer ? 3, 4, 5€ par mois ? Sur Spotify, une offre payante permet de s’affranchir de tout message publicitaire 0,99€ pour 24h et 9,99€ pour un mois d’écoute.

Le téléchargement : Vous achetez un fichier musical que vous rapatriez sur votre PC pour le transférer ensuite sur un lecteur MP3 ou tout autre support informatique : disque dur, clé USB, CD,… Depuis la fin des DRM, l’offre est plus attrayante : on dispose enfin de sa musique. Le passage d’un modèle de lecteur à un autre est plus aisé. Il faut quand même rappeler qu’avec les DRM, il était impossible à un possesseur d’iPod d’acheter sa musique sur une plate-forme qui vendait des fichiers protégés par un système Windows ! Les morceaux étaient de surcroît limités en terme de copies : ils ne pouvaient être copiés qu’entre 5 et 7 fois. Autant dire qu’une famille de 4 personnes pouvaient à peine en profiter… Bon tout ça c’est fini alors quels sont les avantages et inconvénients du téléchargement ? L’offre est de plus en plus importante : iTunes Store, Fnac Musique, VirginMega, Store Amazon,… la liste est énorme. Et conséquence collatérale à la disparition des DRM : plusieurs tarifs co-existent au sein des catalogues. Les Majors n’ont pas accepté de lâcher les DRM sans contre-partie… Le tarif des nouveautés les plus populaires a augmenté. Chez iTunes par exemple, 3 tarifs sont pratiqués selon l’ancienneté et la popularité des morceaux. le même principe existe chez Amazon. résultat : un morceau à 1,29€ sur iTunes peut être à 0,99€ sur Amazon… Enfin une concurrence ! Autre avantage du téléchargement : on peut acheter la musique à l’unité. Certes ce n’est pas nouveau mais c’est un bel avantage sur le CD. Côté inconvénient, il faut reconnaître que 1,29€ ou 0,99€ c’est encore cher… voire très cher à côté de la gratuité offerte par les réseaux pirates. Mais la qualité a un prix : Qualité de la navigation, de la recherche de morceaux, qualité de service,… oui tout ça compte. Tout comme évidemment la qualité des fichiers téléchargés. il faut reconnaître que certains fichiers téléchargeables sur les réseaux illégaux sont d’une piètre qualité : l’encodage est parfois ce qu’il se fait de pire. Et que dire d’un album qui arrive sur votre disque dur en un seul morceau ? Pas moyen de passer d’un titre à l’autre puisqu’il n’y a qu’un fichier de 70 minutes… Comme l’a plusieurs fois rappelé Steve Jobs (CEO d’Apple qui vend sa musique sur iTunes), il est impossible de se battre contre la gratuité des fichiers illégaux, il faut donc innover et proposer un service à grande valeur ajoutée. Cette valeur ajoutée, on la retrouve dans la fiabilité, l’ergonomie, la sécurité et la simplicité d’un espace comme l’iTunes Store.

Le téléchargement gratuit et légal : L’offre existe bel et bien. On y trouve des artistes de tous horizons. Les plus commerciaux en sont souvent absents mais la musique s’arrête-t-elle aux tubes d’Universal, EMI, Sony BMG et Warner ? Beaucoup d’artistes font leur promo sur MySpace où l’on peut télécharger légalement certains de leurs morceaux. Sur Jamendo, on trouve également de très nombreux artistes qui mettent leurs albums en téléchargement gratuit même s’ils sont par ailleurs payants sur d’autres plate-formes. Il y a quelques jours, je parlais sur ASLN de Ben’s Imaginary Band qui s’est fendu d’un formidable album Guitare + voix disponible gratuitement sur Jamendo. Dans ces lignes, j’ai également parlé d’Airtist, un site de téléchargement gratuit et légal où l’on trouve de grands artistes français et internationaux : Coldplay, Julien Clerc, Ketty Perry, Cali, Nora Jones, Téléphone, Daft Punk,… C’est la publicité qui finance le téléchargement. Il arrive également que certaines stars veuillent créer le buzz autour d’un nouvel album. Offrir tout ou partie de celui-ci pendant un délai limité semble porter ses fruits : Coldplay avait offert le 1er single de l’album Viva la vida et Nine Inch Nail, les 9 premiers morceaux de son dernier album. Certains ont par ailleurs déjà proposé leur album à prix libre (Radiohead) : pour télécharger, vous donnez ce que vous voulez !! Si ça marche c’est parce que les artistes en question ne sont pas liés à une Major et empochent ainsi tous les gains. Alors même si les internautes donnent en moyenne 5€, cet argent entre directement dans les caisses du groupe qui touche ainsi bien plus que s’il était « servi » par un producteur intermédiaire.

La licence globale : Elle n’existe pas… pas encore. Le principe de la licence globale consiste à faire payer un forfait mensuel aux internautes qui pourraient ainsi télécharger toute la musique qu’ils désirent. Plusieurs type de licences globales ont déjà été imaginée. Le montant du forfait serait redistribué aux ayants droits « proportionnellement à la densité de téléchargement que leurs œuvres ont suscité » (Wikipedia). Des tentatives se rapprochant de la licence globale sont en cours chez Orange qui propose son service Musique Max : Pour 12€ mensuels, les abonnés ADSL ou mobile Orange (et seulement eux !) peuvent télécharger librement jusqu’à 500 morceaux chaque mois. Autant dire du quasi-illimité. Points faibles : les morceaux sont « DRMisés »; ils ne peuvent être copiés que 5 fois (le site annonce toutefois que cela va changer). Et puis 12€ ce n’est pas rien… Enfin, le catalogue ainsi accessible ne compte « que » 1 millions de musiques. C’est certes honnête mais on est loin des 10 millions de morceaux proposés sur l’iTunes Store d’Apple. Une offre identique à celle d’Orange est proposée chez SFR sous le nom de Pass Music Live. Les Majors L’Etat français ne veut pas entendre parler de la licence globale. Mais je pense que si celle-ci ne voit pas le jour à travers un processus légal, elle naîtra naturellement dans une logique commerciale. tout comme les DRM ont disparu non pas grâce à l’imminence de la loi Hadopi censée les faire disparaître mais bien par le jeu de la concurrence commerciale qui oppose les grands acteurs de la production et de la distribution musicales.

ET LE CINEMA DANS TOUT CA ?

Les règles imposées par la loi Internet et création s’appliquent au téléchargement de films. Il existe de nombreux espaces légaux qui permettent de télécharger ou bien de regarder en streaming des films assez récents. Je ne parlerai pas ici de la chronologie des sorties (le billet est suffisamment long comme ça) mais il faut reconnaître que les catalogues proposés en VOD (Vidéo à la demande) sont d’une pauvreté affligeante ! Les plate formes disponibles sur la Box TV de Free par exemple (TF1 Vision, Canal Play, Free Home Video)  sont d’une pauvreté exemplaire ! Et je ne parle même pas de l’ergonomie de leur interface respective : une honte… L’Hadopi est censée améliorer l’offre de VOD; c’est le deal de la loi : on interdit le téléchargement illégal et en retour, les Majors améliorent l’offre. J’ai beaucoup de mal à croire ce point. Si les délais qui séparent la sortie salle de la sortie « autres supports » doivent baisser, il est en revanche bien moins sûr que l’offre de VOD devienne rapidement attrayante. Et cela pour des raisons encore une fois commerciales. Parmi celles-ci, j’en vois 2 grandes.

1. Le DVD (et probablement un jour le Blu-Ray) est un grand pourvoyeur de cash. Il contribue plus que les entrées salles au financement du cinéma mondial. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’un film qui s’est planté en salle se refasse une santé en vidéo ! Et cela même si le marché du DVD s’essouffle depuis plusieurs années.

2. Les majors du cinéma ont dépensé des centaines de millions de dollars pour le développement et la promotion du Blu-Ray censé remplacer le DVD. Les résultats sont pour le moins décevants. Tout HD qu’il soit, le Blu-Ray peine à décoller. Et je ne parle pas des Majors qui avaient misé leurs millions sur le HD-DVD, mort après plusieurs mois de lutte avec son concurrent au laser bleu… Bref, les Producteurs de films veulent vendre de la galette, c’est logique. Mais comme pour le CD, les usages sont en pleine mutation : Quand on a goûté au plaisir de louer un film sans bouger de son canapé et sans délai d’attente, on a du mal à revenir en arrière, à savoir, sortir, rejoindre le vidéoclub le plus proche et choisir un film qu’on ne désirait pas voir puisque celui qu’on voulait a déjà été loué… Quant à l’achat, le prix d’un blu-ray reste assez dissuasif (environ 30€) : boitier plastique, absence de livret,… la valeur ajoutée est concentrée dans la haute définition qui intéresse surtout les passionnés… La VOD et le téléchargement sont sans aucun doute l’avenir de la vidéo. Mais on ne peut comparer le cinéma et la musique. Le financement d’un film n’a rien à voir avec celui d’un album ou d’un single… Le prix doit à mon avis rester élevé mais la valeur doit être au rendez-vous.

Le contexte nouvellement créé par la loi Hadopi donnera certainement lieu à de croustillants billets dans ASLN. J’imagine déjà la grogne d’internautes accusés à tord ou bien privés de leur outil de travail… J’imagine la famille privée d’internet parce que l’ado de la tribu, prévenu par mail, a réussi à cacher le courrier recommandé à ses parents. Plus possible pour eux de télé-déclarer ou payer leurs impôts sur le Net, plus possible de télé-déclarer leur situation aux Assedic en cas de chômage,… J’imagine des familles coupées qui se retrouvent sans téléphone et sans TV parce qu’une erreur indépendante de la volonté du législateur a « bugué » la procédure… On en reparlera c’est certain.

Sources

Numerama : « Hadopi : Qui a voté pour, qui a voté contre… le détail ! » (2 min de lecture)

Mac4Ever : « la folie hadopi » (6 min de lecture)

Le Monde Diplomatique : « Hadopi : surveiller et punir Internet » (5 min de lecture)

ReadWriteWeb : « Un rapport commandé par le gouvernement Hollandais conclu à un impact « très positif » du peer to peer sur l’économie » (4 min de lecture)

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L’UMP rattrapée par les droits d’auteurs

En Février dernier, pensant (à juste titre) faire « djeuns » les dirigeants de l’UMP ont diffusé lors de 2 meetings le tube du Groupe de rock MGMT « Kids »… sans l’autorisation des ayant-droits ni reversion des droits de diffusion ! L’erreur, assez maladroite en période de débat sur la loi Internet et Création (riposte graduée réservée aux internautes qui téléchargent musiques et films illégalement), a été reconnue par Xavier Bertrand qui s’était d’abord empressé de nier l’utilisation du morceau en question. Les négociations autour de l’indémnisation avait mal commencé (l’avocate française de MGMT affirme que Blue Advertainment, agence de communication de l’UMP, aurait proposé 1€ symbolique de dédommagement !!) mais un accord viendrait, selon France Info, clore une affaire plutôt embarrassante : L’UMP versera 32 500€ à MGMT dont 30 000€ au titre de dommages et intérets… Ces derniers seront d’ailleurs reversés à une association caritative. MGMT plus moral que l’UMP ?

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Google News adopte la pub

Peut-être vous servez-vous de Google News : Ce moteur de recherche développé par Google agrège les articles émanant de milliers de grands sites d’information (4 500 aux EU et 500 en France) : Le Figaro, Les Echos, Le Monde, le Point, Nouvel Obs, Libé, 20Minutes, TF1, l’AFP,… En un coup d’oeil, le « site » donne accès à une mine d’infos sérieuses dans tous les domaines : Economie, Sciences, Sport, Santé, Showbiz, etc. Ce système avait déjà soulevé le problème des copyright. En effet, Google se contente de relayer des infos sans payer aucun droit aux journaux concernés. En France, c’est L’AFP qui avait fait le plus de bruit. Mécontente que le géant de mountain View utilise les articles et photos de l’agence sans retour numéraire; le conflit avait abouti en 2007 à un accord des 2 parties tout comme cela s’est fait aux Etats-Unis avec Associated Press.

Jusqu’à présent, Google se contentait de rendre un service aux internautes sans que cela ne génère vraiment de revenus. Même si l’on sait qu’une part des recherches lancées sur Google News génère un trafic naturel vers le moteur de recherche classique qui lui regorge de liens publicitaires rémunérateurs. Crise oblige, Google doit optimiser la monétisation des ses services. Désormais, des liens publicitaires apparaisssent dans Google News. Google s’engage cependant avec précaution : pas de pub sur la page principale du moteur de recherche; la collecte automatique des news continue de se faire sans pub. Par contre, lancer une recherche par mot-clé dans Google News fait apparaître, en parallèle des résultats,  les fameux liens commerciaux. Les mêmes que ceux qu’on a l’habitude de voir (ou de ne pas apercevoir) sur Google : dans le champ de recherche, tapez « iPhone » ou « Windows » et vous avez des chances d’avoir des liens en rapport avec leurs univers et « produits dérivés ». 2ème précaution : Le système publicitaire est pour l’instant limité aux moteur « Etats-Unien ». En France : rien…

Pourquoi tant de précautions ? Simplement parce que se repose la question du partage des droits. Personne ne sera étonné si les éditeurs de journaux dont les titres sont repris par Google News se manifestent en demandant quelle sera leur part du gâteau ! La presse, en mal de revenus, ne peut pas laisser Google s’enrichir sur son dos. D’autant que les espaces publicitaires désormais disponibles dans le moteur de recherche d’informations s’apparentent à une nouvelle concurrence pour une presse en ligne financièrement sur le fil. Jusqu’à présent, les journaux français pouvaient se « contenter » du fait que 10 à 20% de leur fréquentation soit générée par Google News (chiffres Les Echos). Les journaux sont en effet un peu « coincés » : refuser d’être sur Google News, c’est se priver de milliers de visites. La nouvelle stratégie de Google va-t-elle tout changer ?

D’autres infos sur clubic (1 min de lecture) et Technaute (3 min de lecture)

Opération prix libre chez Bach Films

La société de distribution Bach Films lance une opération pour le moins originale dans un contexte où producteurs et éditeurs de biens culturels ne savent plus tellement quoi faire pour monétiser correctement leurs produits sur le Net. Le distributeur ne propose rien de moins que d’acquérir la série « Flash Gordon Space Soldiers » (Intégrale de la Saison 1) pour un prix décidé par le client ! Cette initiative peut rappeler celle de Radiohead qui a, en son temps, proposé son album dans les même conditions. Sauf que contrairement au Groupe de musique, là, le client reçoit le DVD physique ! Alors que l’acquereur de « In Rainbows » ne bénéficiait « que » de sa version dématérialisée en téléchargement légal. L’opération est disponible jusqu’au 31 mars. D’après ecrans.fr, le prix moyen choisi par les internautes est de 3€ (1 à 20€ par achat). La Saison 3 est elle à 7 € comme tous les titres proposés sur le site de Bach Fims.

Plus d’infos à la Source (2 min de lecture)

Besson va se faire troller

Quelques jours après que Nicolas Sarkozy ait traité les internautes de voleurs de supermarchés, c’est Luc Besson qui prend le relais des majors avançant, à travers Le Monde et canal Plus, des chiffres fantaisistes (« 500 000 vols de films chaque jour en France ») et jugeant à l’emporte-pièce une situation (les nouveaux usages vis-a-vis des biens culturels) qui mérite pourtant une grande subtilité d’analyse. Mais Besson n’est pas là pour être subtil : C’est un poids lourd de l’industrie cinématographique française et à ce titre, il défend son bifteck et celui des ses camarades corporatistes, quitte à être de mauvaise foi, quitte à dire n’importe quoi, quitte à manipuler des chiffres, quitte à traiter ses spectateurs de pirates, de voleurs et de consommateurs de drogue ! Voir la tribune de Luc Besson dans le Monde.

La vérité, c’est que les Majors du cinéma, plus encore que celles de la musique, paniquent. Les ventes de DVD, grandes pourvoyeuses de cash, s’essoufflent pour la 4 ème année consécutive et les chaînes de télévision, argentières « privilégiées » de l’industrie cinématographique, perdent de leur pouvoir financier. Parallèlement pourtant, les Majors campent traditionnellement sur leur marché physique et haut de gamme (film en salle à 10€, dvd à 20€ et Blu-Ray à 30€) et refusent largement d’accepter les nouvelles valeurs de leur secteur : l’obsolescence rapide des produits « culturels », le low cost, le zapping, le partage des gains,…  Les Majors misent sur le Blu-Ray à la valeur ajoutée pas si évidente que ça (1080 lignes affichées sur un écran de 42′ à 1 800€ n’ont jamais transfiguré un film au point de convaincre des dizaines de millions de personnes de remiser leur lecteur DVD à 70€ au profit d’un lecteur Blu-ray à 300€ qu’il faut alimenter avec des films rares et chers). Soit dit en passant : même les fans de cinéma à domicile, early adopters dans l’âme, restent dubitatifs devant l’indigence du packaging des blu-ray (plastique bas de gamme, absence de livret,…) , loin, très loin de reflèter l’apport qualitatif du support et qui peine logiquement à générer l’achat coup de coeur si répandu chez le connaisseur.

Les Majors misent sur un chronologie des médias qui s’étire sur des mois et des mois (sortie salle, location DVD, vente DVD, VOD, Diffusion TV) et nient quasiment le confort, l’ergonomie et le formidable potentiel économique des « box TV » ADSL installées par millions sous le téléviseurs français notamment : les catalogues de vidéo à la demande (VOD) sont d’une pauvreté affligeante et affichent des tarifs élevés,… Bref, la VOD est handicapée par une stratégie encore cramponnée à un ancien modèle économique (monopole de la production, de l’édition et de la distribution, pré-achats des TV, marché ultra-rémunérateur du DVD,…) . je comprends parfaitement que toute une industrie peine à s’adapter aux nouvelles donnes de son marché. J’accepte qu’une « vieille » industrie soit un temps sur la défensive. Mais là, et depuis des mois : quelle agressivité ! Quelle arrogance ! Quels dégâts auront été engendrés par les discours rétrogrades et accusateurs des Olivennes, Nègre, Besson (Eric), Sarkozy,… et désormais Luc Besson qui assène entre autre à ses interlocuteurs et lecteurs (pas forcément à la pointe de l’actualité numérique) qu’« Il est un délit maintenant reconnu de tous : celui de visionner des films gratuitement sur son ordinateur via Internet » : une introduction à sa tribune du Monde pour le moins maladroite mais que certains n’hésiteront pas à fustiger… Je vous encourage d’ailleurs à lire la longue et truculente réponse que le savoureux maître Eolas a adressé ce matin au réalisateur du « Dernier Combat ».

RealDVD interdit

C’était prévu… Le logiciel de copie de DVD proposé légalement par RealNetwoks a été interdit par la justice américaine malgré la logique sécuritaire de l’application qui n’autorisait la lecture des copies que sur un nombre de PC limité et déclaré. La MPAA, qui défend les intérêts des grandes Majors cinématographiques, estime que RealDVD viole les droits d’auteurs en détournant le système de protection qui empêche théoriquement toute copie d’un DVD. Il faut reconnaître que si RealNetworks défend le droit de sauvegarder ses propres DVD, son logiciel n’empêche pas de copier un film loué au vidéoclub du coin ou emprunté à un proche. Si vous voulez comprendre toute l’histoire, n’hésitez pas à lire les 2 premiers épisodes de cette saga : Episode 1 (1 min de lecture) – Episode 2 (1 min de lecture). A suivre…

D’autres infos à la Source (1 min de lecture)

Google pour les nostalgiques

Pour les nostalgiques un peu curieux, Google met à disposition des internautes le moteur de recherche que le géant proposait en 2001 : logo et index d’époque ! Autant dire que si vous tapez une recherche sur « Google Androïd », le système d’exploitation pour mobile lancé dernièrement par la firme de Mountain View, aucun résultat n’est indexé…

Pour chaque recherche, les résultats proposent en lien le site actuel ET le site de l’époque ! Il suffit pour cela de cliquer sur « View old version on the Internet Archive ». Assez drôle comme exercice… Tapez « Apple » pour revoir les produits et les prix de 2001 et enchaînez avec « TF1 » pour prendre conscience du bond en avant, tant sur le fond que sur la forme, que le Net a fait en 7 ans.

L’opération exceptionnelle est organisée dans le cadre du 10ème anniversaire de Google. Le moteur de recherche de Mountain View aurait bien voulu mettre en ligne la version 1998 mais des obstacles techniques l’en ont empêché. Le moteur « ancienne version » restera disponible 1 mois.

Allez, à vous  : Google version 2001

En dehors de cette opération de communication bienvenue, Google a mis en place un système d’archive nommé archive.org qui ne permet rien de moins que de découvrir les 85 milliards de pages web archivées par le moteur de recherche depuis sa création ! Petite contrainte : le moteur intitulé « Wayback Machine » n’accepte pas les mot-clés mais seulement des adresses, ce qui n’est déjà pas mal.

Google s’inscrit bien là dans ce qui reste sa mission profonde, celle qui consiste à réunir « généreusement » en un seul endroit tout le savoir de l’humanité…. Une encyclopédie mondiale de l’information et de la connaissance. Google ne connaît pas la demie-mesure… Cette idée est peut-être née lors d’une réunion organisée en 2002 par Paul Allen, co-fondateur de Microsoft. L’homme, inspiré par le roman de science-fiction « L’Encyclopédie finale » de Gordon Dickson, a demandé à ses invités s’il était envisageable de réunir dans une base de données unique toutes les connaissances, opinions, commentaires, chroniques, informations et autres savoirs de l’histoire mondiale. Il n’en a pas fallu plus à Larry Page (co-fondateur de Google), présent à cette réunion, pour lancer Google dans l’un de ses projets les plus ambitieux : scanner, indexer, archiver et proposer au monde entier la totalité des livres que l’humanité a pu engendrer… Aujourd’hui connu sous le nom de Google Books, le projet s’est heurté à de nombreux obstacles juridiques (droits d’auteurs,…) et éthiques : les bibliothèques nationales et universitaires du monde entier doivent-elles confier tout leur savoir à un unique acteur sous prétexte que le service est gratuit ? L’Europe, en réponse au projet de Google, s’est elle-même lancée dans la numérisation de son patrimoine littéraire et encyclopédique : Europeana devrait avant la fin de l’année 2008 proposer plus de  2 millions d’ouvrages en consultation en ligne. La BNF a largement participé à ce projet. Microsoft, éternel concurrent de Google, a d’ailleurs abandonné son projet de numérisation de livres et journaux (book Search) de façon à s’appuyer sur des projets « locaux » comme Europeana.

Wayback Machine n’est donc qu’un pan de l’encyclopédie finale de Google. L’archivage des journaux avec Google News Archive Search a commencé (New York Times, Washington Post,… et bientôt Le Monde, Les Echos,…), Google books est en marche, Google images, Google Maps, Google Earth, Google Blogs,… sans parler de Knol, projet encyclopédique lancé cet été en concurrence directe avec Wikipédia.

Si vous désirez plus d’infos sur les projets de Google, lisez « Comment Google mangera le monde » présenté dans la section A LIRE de ASLN.

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